Encore un article où peut-être certains se reconnaitront... Bonne lecture!!!
Ça y est, Aurélien et Emilie ont enfin atteint – selon leurs parents – l’âge é partir duquel ils peuvent passer une soirée en amoureux à Paléo. Enfin, ça va même plus loin que ça puisque finalement, alors qu’Emilie n’a que 16 ans, Aurélien, 17 ans, a obtenu le droit de la sortir jusqu’à pas d’heure… Le papa lui a donné une boite de 150 préservatif et des suggestions de Kama-sutra que le jeune Aurélien na l’aurait pas compris autrement , alors que le papa en question ne voyait que de discrets bisous, main dans la main.
C’est ce qu’on appelle les incompréhensions générationnelles. En tout cas, Aurélien est tout frétillant et sa tête pleine de représentations des situations qui pourraient potentiellement se présenter. Ca va être dur de tenir… Pourtant, compte tenu de la somme de malentendu qui a permis d’entrevoir cette soirée, il est important d’être irréprochable… mais pas trop non plus, ça serait louche.
En attendant un probable contrordre, il faut choisir le thème vestimentaire pour une soirée aussi cruciale dans la vie d’un adolescent. Aurélien a déjà passer plusieurs jours à tenter de maîtriser le parcours infernal d’un vêtement sale, entre le panier, le lave-linge, le séchage et éventuellement le repassage pour qu le jour J tout soit disponible. Le timing est délicat, et un problème de mélange de blanc et de couleur peut ruiner l’ensemble du projet. Il a donc suivi tout le processus et ô miracle ! tout est là : tout d’abord le jean slim, un jean moitié toile, moitié lycra particulièrement suggestif qui devrait faire son petit effet, ensuite un T-shirt avec un slogan universel et subjectif « NO Future ». Avec cela, un blazer en velours beige étriqué… et enfin une paire de Converse, enfin pas vraiment une paire puisque la droite est rouge et la gauche bleue.
Le voilà, fuselé comme un missile de croisière aux couleurs improbables, prêt à affronter la soirée. Mais avant cela, un autre problème se pose avec les cheveux. Plusieurs écoles s’affrontent, le look saut du lit avec du gel par pot de 500 grammes, mais celle qui tient la corde en se moment, c’est la mèche, un look capillaire relancé récemment après avoir fait subir jets de pierres et quolibets à des générations de jeunes.
Emilie, c’est un peu pareil, elle s’est engueulée avec sa mère toute la journée parce qu’elle n’a pas été aussi prévoyante qu’Aurélien, ou plutôt, elle considère que toute sa garde-robe devrait être prête en permanence dans le dressing.
Entre les hurlements de chat que l’on étrangle et les portes qui claquent, elle a longuement expliqué son besoin de pouvoir choisir toute sa gamme de ses vêtements. Que sinon, elle va être grotesque et que c’est sans doute ce que sa mère souhaite pour, je cite, « lui foutre la honte ». Finalement, après deux heures d’échanges vifs, elle décide de mettre ce qui traîne dans le placard, un jean teinté noir, sobre et revivel, un chemisier en coton dentelle blanc, hype et campagnard. Aux pieds, une paire de ballerines dorée avec des strass et perles, tout terrain et confortables, et , en guise de protection thermique, un blouson en cuir rouge particulièrement cintré, dont la taille semble le destiner à une poupée Barbie.
Hasard ou communication télépathique, elle aussi a choisi la mèche sur l’œil, un hommage aux sixties et à Françoise Hardy.
Au niveau programme, ils on choisit le mardi, entre les Mondrians, Naast et les Artics Monkeys. Cette soirée est taillée pour eux, c’est un hymne à la jeunesse débridée et une belle série de mèches – chez les Naast, en tout cas. Pour le transport jusqu’au Festival, els ont choisi le petit train, c’est à la fois pratique et romantique. Mais compte tenu de la promiscuité avec une escadrille de festivaliers déjà très imbibés, le romantisme n’était pas vraiment au rendez-vous. Par ailleurs, la chaleur accablante régnant dans le compartiment a trouvé les limites du blazer en velours et nôtre ami Aurélien a une paire de 45 tours sous les bras, voire de 33 tours.
Enfin, sur place, grâce à une petite douzaine de SMS, ils ont retrouvé quelques potes et c’est l’occasion de passer une soirée musicale, de se mettre en quête d’un partenaire pour avoir des choses à raconter à la rentrée. Et pour ceux qui, malheureusement, ne pourront pas atteindre leurs objectifs de rencontres, il reste la biture à la bière, une bonne histoire garantie pour flamber un septembre… « J’étais déchiré à mort, et j’ai dégueulé toutes la nuit »… « cool ! ».
On peut dire que la soirée a connu des hauts et des bas, puisqu’un certain nombre de leur potes non munis de billets sont scotchée aux entrée en examinant toutes les options : la rivière à la nage ? Une fois trempé c’est la mort d’un look savamment élaboré. La duplication de contremarque ? Trop aléatoire. Enfin, se faire passer pour un moins de 12 ans ? Si ça marche, c’est la honte à mort.
Bref la moitié de l’escadrille va prendre racine, toutes les frustrations de l’adolescence sont concentrée dans cette scène, trop vieux pour entrer gratos, et pas assez pour consommer de l’alcool, on notera au passage l’absurdité du législateur puisque c’est quand tu ne peux pas consommer d’alcool que tu ne peux as conduire non plus… Allez comprendre…
Face à cette situation, nos amis ont finalement choisi de se donner des rencards réguliers sur la pl’Asse cu camping, Ceux qui sont équipés de billet vont faire des navette incessantes pour rejoindre les autres entre les concerts et établir un rapport détaillé de ce qu’ils ont vu. Cette marche forcée permanente a largement compliqué la stratégie d’Aurélien. Par ailleurs, la présence de la bande rend l’intimité précaire et la drague carrément aléatoire. Il a bien tenté les clins d’œil et multiplié les approches plus ou moins discrètes, mais la soirée avance et il devient évident qu’Aurélien et Emilie vont rentrer au bercail. Une belle soirée de musique malgré la déception. Bien sûr, Aurélien est un peu jaloux de Gustave, le chanteur de Naast. D’abord, il a une mèche plus structurée que la sienne et ensuite, Emilie a insisté pour tenter de lui arracher un fragment de sa chemise…
Une bonne soirée entre pote aussi, et puis finalement Aurélien aura une seconde chance, puisque comme il a été sage, le pli est prit et notre ami a un nouveau bon de sortie avec Emilie le lendemain … « J’oserai. J’oserai demain », comme disait Yves Montand, lui aussi sensible à l’environnement puisqu’il n’avait pas choisi le train mais la bicyclette.